Lundi 21 août 2006
Pendant la semaine du 15 août, les salariés de Solectron ont appris un nouveau projet de suppressions d’emplois.
Il semblerait que Solectron (entreprise américaine qui a exactement le même modèle de fonctionnement que Flextronics) ait adopté la même stratégie de communication que l’on a connue l’an passé.
Sud Ouest titrait dans son édition du 17 août 2006 « SOLECTRON. Un document de la direction du groupe est tombé entre les mains de la CGT ».
Etrange coïncidence ?
Ci-dessous 2 articles du journal Sud Ouest :
SOLECTRON. Un document de la direction du groupe est tombé entre les mains de la CGT .
Solectron-France, qui a son siège social à Canéjan (Gironde) et qui a déjà vécu sept plans sociaux depuis 2001, n'en a peut-être pas fini avec les restructurations. Le syndicat CGT de la filiale française du grand groupe électronique américain a en effet reçu copie d'un message électronique pas vraiment rassurant, émanant apparemment des instances supérieures. Ce texte donne les grandes lignes d'un nouveau projet de plan d'austérité dont il fixe le coup d'envoi possible au courant de ce mois. Le dispositif évoqué dans ce message électronique prévoit entre 190 et 210 suppressions d'emplois sur les quelque 600 postes que compte aujourd'hui l'établissement de Canéjan. Toujours selon ce texte, 70 à 80 emplois seraient supprimés dans le domaine de la réparation, du fait du transfert en Hongrie d'une activité effectuée pour le compte de l'équipementier américain Cisco. 120 à 130 suppressions de postes concerneraient la production (assemblage de cartes téléphoniques sophistiquées).
Pas démentie. Compte tenu de l'heure tardive de divulgation de l'information, nous n'avons pu joindre hier soir de représentant de la direction. Selon la CGT et la CFDT, après l'affichage de ce texte sur les panneaux syndicaux, les cadres supérieurs du site auraient été réunis dans l'après-midi par la direction, qui n'aurait pas démenti les grandes lignes de l'information.
L'établissement girondin de Canéjan a employé jusqu'à 2 000 salariés en CDI et autant de CDD en 2000, avant que la crise de l'électronique et surtout les mouvements de délocalisation ne se traduisent par une succession de réductions d'effectifs. Le dernier plan social, mené à bien en 2005, avait entraîné 140 suppressions d'emplois, soit un bilan moins lourd que redouté initialement. Et l'établissement girondin avait renoué l'an dernier avec une politique commerciale plus ambitieuse. Mais, au début de 2006, son directeur, Fabrice Gomez, artisan de cette stratégie, avait été transféré à l'usine roumaine de Timisoara qui, du fait de ses plus bas coûts de main-d'oeuvre, a repris au fil des années, depuis le début de la décennie, une bonne partie des activités jusque-là exercées en France. On saura sans doute très vite si ce mouvement se poursuit effectivement avec, pour corollaire, un huitième plan social.
Entre l'angoisse et la résignation
SOLECTRON CANÉJAN. La firme électronique va bien lancer un huitième plan social, ces prochaines semaines. Quelque deux cents emplois sont sur la sellette
Comme le laissait entendre le document parvenu entre les mains de la CGT (« Sud Ouest » d'hier), il y aura bien un nouveau plan social chez Solectron-France, avec quelque 200 emplois supprimés à la clé. À la suite des révélations de l'organisation syndicale, le directeur des ressources humaines, Jean-Bernard Mondon, n'a pu que confirmer la vraisemblance de ce scénario, à l'occasion d'assemblées générales tenues hier et avant-hier. C'est en principe d'ici à la fin du mois que le comité d'entreprise devrait être officiellement informé des contours de ce plan.
Le déclenchement prochain de cette huitième restructuration en moins de six ans n'a pas suscité hier de réaction spectaculaire. Les deux réunions organisées par la CGT aux abords de l'usine à l'heure de la relève n'ont regroupé que quelques poignées de participants. Il est vrai que pour les salariés de Canéjan, ces opérations relèvent pratiquement de la routine, ce qui n'enlève rien, bien sûr, à l'angoisse qu'elles suscitent chez beaucoup. « J'ai 26 ans de présence sur le site, disait hier Jean-Martin. Je n'en suis pas à mon premier plan social. Celui qui vient d'être annoncé ne me travaille encore pas trop, mais ça ne va pas tarder à venir. Tout cela est stressant. » De son côté, Chantal, qui compte trois ans d'intérim et dix de CDI, étalait à la fois sa lassitude et sa colère. « Je me suis donnée à 200 % pour cette boîte. Mais je suis toujours remise en cause. A chaque fois que j'avais un nouveau chef, je repartais de zéro. C'est dur, à la longue. »
Concurrence et délocalisations. Les causes de ce nouveau plan social ne diffèrent guère de celles qui ont occasionné les précédents. Solectron évolue dans un marché mondialisé, où ses clients informaticiens, équipementiers de télécommunications, etc., eux-mêmes soumis à une rude compétition, font jouer à plein la concurrence entre fournisseurs. La firme californienne a déjà très fortement sabré dans ses effectifs, tout en délocalisant dans les pays à bas coût une part croissante de sa production. 45 % de son activité s'opèrent aujourd'hui en Asie, tandis que ses unités d'Europe de l'Est ont grandi au détriment des usines de France, d'Écosse, d'Allemagne et de Suède.
Cette réorganisation permanente a permis à l'entreprise d'en finir avec les pertes abyssales qu'elle connaissait jusqu'à une époque récente. Mais ses bénéfices restent inférieurs à ceux de la plupart de ses concurrents américains ou chinois. Et son action se traîne à moins de 10 % de la valeur qu'elle avait acquise au cours de la folle année 2000.
Dans ce contexte, il semble que le conseil d'administration du groupe ait décidé de se séparer de ceux de ses établissements qui ne parviennent pas à devenir ou à redevenir rentables. À cet égard, Canéjan est sur le fil du rasoir, comme a pu le constater le directeur financier mondial Paul Tufano lors d'une récente visite. Si un retour à l'équilibre pour le trimestre comptable qui s'achève fin août n'est pas exclu, les périodes précédentes ont été déficitaires. Une nouvelle réduction d'effectifs liée à la poursuite de transferts de charge vers l'Europe de l'Est apparaît donc aux dirigeants comme un préalable à l'éventuelle pérennité du site.
Éviter le pire. Jusqu'à ces dernières années, ces migrations concernaient seulement la fabrication (assemblage de cartes électroniques) à l'exclusion de la réparation. Mais celle-ci est aujourd'hui à son tour touchée de plein fouet : le centre de services créé par Solectron en Hongrie va ainsi bénéficier du transfert de plusieurs clients. Cette réduction de voilure, conjointe aux deux activités, va sans doute entraîner le regroupement dans un seul bâtiment de ces métiers jusqu'ici effectués dans deux immeubles distincts. Le patrimoine immobilier girondin de Solectron, naguère considérable, va continuer à diminuer comme peau de chagrin.
Selon Jean-Bernard Mondon, il ne faut pas forcément y voir l'annonce d'une mort à court terme de l'établissement. Le DRH du site fait valoir à juste titre que celui-ci regorge de compétences et qu'il a su récemment décrocher des clients plus difficilement délocalisables que d'autres, la Défense nationale par exemple. Cela permettra peut-être d'éviter le pire, au moins pendant quelque temps. Mais on voit que cette politique ne met pas l'établissement à l'abri d'une nouvelle fournée de départs, dont il est malheureusement à craindre qu'ils ne puissent cette fois-ci s'opérer sur la seule base du volontariat.
Bernard Broustet, Sud Ouest du 17 et 18 août 2006.
par CFDT Flexlaval
publié dans :
CFDT Flexlaval
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